jeudi 31 janvier 2008

roman feuilleton


Aimé Cassayet. ( suite)

« Surtout, petit, ne te frotte pas à lui, il a des os pointus sur tout le corps. »

A chaque fois qu’ils se retrouvaient pour deviser ainsi de visu, on eût dit l’une de ces scènes assez inouïes et pourtant courantes en Asie du Sud-Est, terre de douleur et de génocides à tout jamais atténués par le fatalisme ambiant, où les victimes discutent avec leurs anciens tortionnaires en disputant d’interminables parties de Dames. Et Oxent mettait brusquement un terme à l’entrevue.

Oxent : « Aqaba Dédé, il faut aller à Aqaba. » Par cette réplique fameuse de Peter O’Toole dans Laurence d’Arabie, il sous-entendait qu’il devait réaliser une puissance, faire quelque chose d’utile, de beau, un truc comme ici de s’occuper un peu de cultiver ce qu’il nommait pompeusement jardin d’agrément, censé représenter ceux mirifiquement légendaires de Cordoue ou de Damas. Oxent avait détourné le lit sauvage d’un petit torrent de montagne et par un savant système d’irrigation, s’était mis en tête de faire refleurir la splendeur végétale des vieilles dynasties maures.

Alex cessa aussitôt de marcher pour rouler une galoche sauvage à Orwina, qui s’acheva les deux à moitié avachis sur l’un des derniers bancs publics en bois pourri du terre-plein.

« Comment t’as pu atterrir sur le trottoir ? »

« C’est tout con. Le type de ma mère en avait marre que je me déguise comme Bowie sur la pochette de ce disque, où il a la frange et la robe violette, tout ça. C’était plutôt le genre Daniel Guichard. Alors un jour j’ai sauté par la fenêtre. Du premier étage, imagine un peu. Et c’est le mauvais mec qui m’a ramassée. Tu vois comme rock’n roll suicide, je me suis pas loupée. »

Comme on passait devant le Cao Bao et son décor rococo colonial à la con façon Habitat imbitable, Alex pensa soudain à quelqu’un d’autre.

« Rita Renoir…mais oui c’est exactement ça. »

« Une amie à toi. Homo ? Hétéro ? » La jalousie était un jeu de rôle auquel Orwina acceptait tristement de se plier.

« La plus grande strip-teaseuse de tous les temps. »

« Les effeuilleuses et les plumitifs, ça l’a toujours fait. » Parfois à force de se plier au jeu, quelque chose se cassait qui vous faisait prendre un ton de suite plus cassant.

« Olive m’a fait voir une photo d’elle, au comptoir de la brasserie Pigalle que cette merde branchée a remplacé. Elle porte un chemisier blanc où se devine son soutif en transparence. »

« Une strip–teaseuse qui porte un soutif, c’est porte naouaque. Encore le genre qui devait gigoler un bon coup au chagrin. »

« C’est ça l’érotisme ma douce. »

« Ok, ce soir fais moi penser à enfiler mon fusalp super sexy. Tu sais celui en velours côtelé que je mets pour mes extras au bois, les soirs de Saint-Valentin. Après tout, t’es bien capable d’y voir une échancrure de folie à te rendre malade du chakra. »

« Fous-toi de ma gueule. En attendant Rita Renoir buvant son demi, comme ça de trois-quarts, devant une carafe de Suze et une bouteille d’eau de Seltz. Le tout face au zinc où toute la déco kitshos de la salle se reflète, gagnant une espèce de froide lucidité translucide. C’est Vénus toute entière dans une galerie des glaces. »

« Fallait surtout pas t’arrêter d’écrire. Je t’avais prévenu. » Le conseil était aussi maladroit que touchant.

« Cette Rita Renoir, tu peux me croire, c’est fou comme tu lui ressembles. »

«Comme ta Fréhel ou cette Damia, soi-disant quand je chante sous la douche. J’ai eu l’air de quoi moi, quand j’ai annoncé à mes copines qu’elles allaient gagné la Star’Ac. » ( à suivre dès demain et cette fois c'est promis craché ( oups)


mercredi 30 janvier 2008

Et si le petit périmètre s'avèrait enfin périmé...

Ce matin, ragaillardi par l'annonce du XV Tricolore un peu nouvelle vague appelé à se tricoter du kilt taille patron, on était bien obligé de réviser sa position d'hépatique face à de telles audaces. Pensez donc, pas moins de sept nouvelles têtes pour débuter ce nouveau tournoi, la plus ancienne et la plus épique compétition du monde qu'on se le dise. Balayées d'un trait de plume, de celle un peu chiche comme ça mais à coup sûr pleine de panache, les pronos agnostiques comme certaines supputations les plus utopiques. De la bleusaille montpelièraine, un Dix déjà culotté comme un vieux briscard, un troisième latte plus racé qu'un pur sang, et puis du Malzieu sur une aile, un novice duraile de Dax et Lionel jeunot de trente ans l'homme fort à revendre de Sale. Et avec ça pas moins de Six toulousains pour encadrer au plus près mais pour le grand large, ce presque trop plein de jeune troupe. Il n'en fallait pas d'avantage pour infirmer pour de bon le recours hélas toujours possible à un jeu pour bulbe étriqué et body builders adeptes de la destruction massive en réunion, de la glaciation du beau geste à coup de certaine théorie méta bloquante des blocs. Yep comme eut dit mon pote Kally Vasco, il n'en fallait pas plus pour confirmer l'ardente volonté du nouveau staff ( en cas de défaite on en connaît déjà chez les gros cigares qui sauront tirer à grosses volutes asphyxiantes sur le dit staff) de remettre les joueurs et le jeu au centre du terrain. Ce matin Marc Lièvremont et sa bande ont fait un joli geste. Le plus enthousiasmant avec ce geste de débutant , c'est qu'il fût bien un geste bleu.

mardi 29 janvier 2008

Crise de foi avec ou sans eux...

Le rugbymane ( notez bien comme en ces temps de nombrilisme bling bling, la rugbymanie cède à son tour aux sirènes de la troisième personne, soit une certaine idée de la "statue-fiction" ou comment se vendre, soi-même personnellement, comme une série addictive à l'américaine), bref le rugbymane s'était bien juré de ne plus verser dans le résumé verbeux des matchs du week-end et d'ailleurs, que tout le monde, toi blogger mon ami, a pu voir et surtout lire dans la presse spécialisée. N'ayant qu'une parole, faisant toujours ce qu'il a promis de faire, le rugbymane évitera, lors du post ici présent, de vous raconter par exemple le petit match, la petite victoire ainsi que les piètres adversaires réduits à quatorze et surtout, ce qui lui a semblé un peu moins anecdotique, à des expédients à peine digne des petites séries ( et encore écrivant ceci , il fait illico ses excuses aux joueurs des dites séries qui la plupart du temps ont tout un tas d'autres " vertus" à faire valoir). Non, vraiment il taira même sa joie de retrouver enfin Sylvain Marconnet sur un terrain de rugby. Pas plus qu'il ne fera le malin avec le simili retour d'un semblant de renouveau de biarrots revanchards mais poussifs ( il tient quand même le pari que l'équipe basque sera du rendez vous des demi finales et d'ailleurs qui sait si...) Et quoi l'équipe de France et ce tournoi qui approche, ce nouvel encadrement chargé de jolies promesses. Quant à ce débat d'experts médiamétriques, à propos de l'absence de Chabal, laquelle reviendrait à laisser retomber en tas d'écume la vague rugbyphille sans précédent jaillie lors de la coupe du monde, pfuit... L'a pas le moral, le rugbymane. Pour un peu, vois-tu blogger mon ami, il reprendrait en choeur ce refrain de Philippe Katerine qui fait comme ça " je suis une merde et je vous emmerde" ( ici on aime à penser avec Tillinac lire son "dictionnaire amoureux" paru chez Plon que ce côté envieux, grand gueule et dépressif sied autant que les chemises à carreaux aux franchouillards que nous sommes tous plus ou moins, et aujourd'hui plus que...) , sauf qu'il a trop d'éducation alors...Alors? Alors , c'est juste qu'il n'y est plus. Une sorte de crise de foi généralisée.

vendredi 25 janvier 2008

jeu de maul pour champion cheap...

Le toulousain sait bien au fond que la mêlée auscitaine s'y entend pour vous mettre la tête et le reste à l'envers, il sait fort bien, le toulousain, qu'à Auch souvent c'est chaud...

jeudi 24 janvier 2008

Intermittences de troisième mi-temps


De la Luz à la loose.

Plus la liste des 22 s'égrenait et moins il avait de chance d'y figurer. Ça a toujours été comme ça. Ou comme ci. Avant on est toujours plus jeune. Après ça dépend. Surtout ça ne dépend plus de soi. Un nom énoncé à voix haute, chaque syllabe détachée avec cette lenteur martiale, comme au tableau noir, à l'usage du gazetier. Un nom aussitôt adossé à son petit numéro, simple matricule de l'ange histoire qu'il se sente moins seul dans l'univers carcéral de Marcatraz. Toujours ce petit côté " des chiffres et des lettres", un truc désuet dont la magie, on en jurerait, opérera toujours. Plus la liste s'égrenait et plus le destin paraissait disposé à jouer son petit tour de con habituel . Plus qu'un dernier nom et voilà, ce serait tout pour aujourd'hui mesdames, messieurs.

Plus de nom. Plus rien après. Le voilà de nouveau renvoyé vers le néant. Curieuse destinée que la sienne. Décidément. Surtout pour qui l'avait vu à l'orée de ses Dix huit ans. Évoluer en première de la meilleure équipe de club du moment. Le temps d'une finale disputée comme en passant, avec cette insouciance impayable. Partout où ses yeux se portaient, il y avait pourtant de quoi le faire défaillir. Des internationaux comme s'il avait été soudain bombardé au beau milieu d'un match du tournoi. Une bleusaille priée illico de se frotter au feu de Verdun. Tout seul, qui sait s'il n'aurait pas craqué...

Mais il avait ses deux potes, petits prodiges de ce jeu élevés comme lui au biberon du stade Bicolore. Rouge et noir. Futures baby stars. Sacrés gamins. Que n'a-t-on pas écrit sur eux et lui. Leur goût de l'improviste. Leur science innée de l'imprévu. Et ce sens de l'improvisation. Alors, non il ne craquerait pas. Pas cette fois. Il allait même irradier le grand stade de sa classe lumineuse. Le magicien Hernandez de l'époque, c'était bien lui, comme un Baptiste Laffont avait, de sa façon incertaine, pu être leur devancier. Et puis fallait voir cette marmaille-là faire une joyeuse troupe de Harlem globe trotter ovale à eux tous seuls. Sa trajectoire dès lors semblait toute tracée d'avance.

Mais pour calculer la trajectoire d'une comète dans son genre, il ne fallait pas omettre cette foutue excentricité orbitale. Ici ce ballon aux rebonds mollasses qu'il aviserait en reculant vers l'en but, avec ce qu'autres prendront, et prennent encore, pour de l'indolence. Un ballon qui louvoie le long de la ligne de touche, pendant que son équipe de toujours s'apprête à tutoyer la gloire. Un ballon qu'il n'aplatira jamais, on connaît la suite funeste de l'histoire. Et comme cette dernière s'y entend pour repasser aux pieds plats ce genre de platitudes...Inlassablement.

Pour calculer la trajectoire d'une comète de son espèce, si rare son espèce dans notre espace, il faut prendre en compte ce paramètre essentiel qui la fera sans cesse osciller entre Luz et loose...

Roman feuilleton


Aimé Cassayet. ( 6em partie)


« Surtout, petit, ne te frotte pas à lui, il a des os pointus sur tout le corps. »


Depuis le point de vue insurmontable de l’Alhambra qu’il occupait désormais tout seul sur sa colline, Oxent ne cessait de réécrire le passage picaresque concernant la résistance, épisode dont il avait fait un récit épico-humoristique intitulé « le charme discret du maquis de Barèmes ». Son seul souci était de revoir le grand mythe à la baisse, en replaçant les hommes à la hauteur de leur éternelle faiblesse, ce côté faillible qui les rendait presque cocasses, convaincu, à l’instar d’Héraclite, qu’il ne devait pas faire rire au point de prêter à rire.

« Un nom à peu près imprononçable. La vraie bohème à Montmartre. Les mauls pénétrants avec l’auteur pénétré du grand Meaulnes. La France libre avec un chef maquisard blakos aux mœurs ultra libérées. Le côté Céline avec un zest orientaliste. Y m’intrigue ton Trigano du cul à l’air. Faut absolument que tu me le présentes. Tu parles d’un personnage de roman. »

« C’est bizarre que Dédé t’en ait jamais parlé. »

« D’où y se connaissent? Dédé c’est pas un montmartrois d’origine. Enfin je me comprends. »

« Par le rugby je crois. A moins qu’ils se soient vus dans le Sud. »

C’était en fait au maquis de Barèmes qu’Oxent s’était pris d’affection pour le petit André Bertalutti. Il venait de maquiller l’assassinat de son collabo de père en accident de chaudière à topinambour.

Dédé : « té vé, ça se tenait ton histoire. Le vieux était toujours à moitié bourré. Toujours agrippé à sa foutue grappa. »

Oxent : « seuls les vainqueurs finissent par avoir raison, tu sais petit. Après, quant au bien-fondé de tout ça… »

Dédé : « toi au moins, t’es allé jusqu’au bout.

Oxent : « on était aussi fanatiques que ceux d’en face. Tuer des pauvres types pour des trafics de cigarettes. »

Dédé : « c’était qu’un lâche qui se faisait passer pour un franc-tireur. »

Oxent : « et nous des francs-tireurs qui essayions de ne pas passer pour des lâches. »

Dédé : « sitôt que tu redescends à Toulon, on ira faire un saut à Mayol. Y’a les frangins Herrero. Y sont raides sur le terrain et en dehors bonnards comme tout. »

Oxent : « y’a bien qu’au stade que tout refleurit. »

Dédé : « le muguet. »

Oxent : « la jeunesse » ( à suivre...)

lundi 21 janvier 2008

Blondin next door


"Quand les paquets vont au charbon, on devrait interdire ce spectacle aux mineurs." Extrait d'un article paru dans l'Equipe en 1957 et repris dans Ironies ovales ( la table Ronde)

vendredi 18 janvier 2008

Transfert de valeurs?

Le scoop du jour c'est bien l'engagement ( l'an prochain) de David Skrela au Stade toulousain. Pour beaucoup c'est aussi, d'une certaine manière la suite d'une belle saga rouge et noire dont les épisodes précédents ont été écrits par Jean-Claude. En tout cas le rugbymane tout acquis à la cause et au jeu toulousain est bien obligé de faire la roucoulade aux talents du ci -devant Rancoule, ailier-ouverture " flinguet" eût dit le sécrétaire des tas, mais sergent recruteur aux arguments sacrement massu.

Il n'empêche que deux trois choses viennent à notre avis assombrir le tableau. Tout d'abord recruter un joueur de ce calibre ne fera que retarder l'éclosion de jeunes pousses du club qu'on sait pleins de promesses. A terme, ceux-là quitteraient alors le nid, à l'instar des Denos, Jeanjean et tout dernièrement Baby. On pourrait citer Maillard, Wiesniewski ou Boussès. Pour l'heure on pense à Maxime Mermoz et à Romain Sola.

Dans le même ordre d'idée, on peut déjà imaginer que le talentueux Valentin Courrent qui, match après match, commence à se faire sa petite place au soleil, sera vite tenter d'aller voir ailleurs si on ne pourrait pas lui faire un peu moins d'ombre. Mettons une opposition, poste pour poste, plus raisonnée. Bref une concurrence plus raisonnable.

Guy Novès en homme et manager avisé, a sûrement dans l'idée de pouvoir disposer l'an prochain de deux 10 de valeur égale, dont la polyvalence ne sera pas le moindre des atouts. C'est une vieille habitude à Toulouse et dès ce week-end encore, Heymans passera à l'arrière et Poitrenaud enfilera le numéro 12. Pour le reste on sait que Courrent peut évoluer indifférement en 9 et fait nouveau, avec Skrela les rouge et noir disposeront d'une solution de replacement au centre. Un véritable luxe, d'autant que David est un butteur de standing internationnal. Nous verrons bien.

En attendant si dans les mois prochains, certaine rumeur trouvait à se matérialiser, on pourrait assister à un joli Transfert de valeurs entre les deux stades, si d'aventure Fred Michalak de retour de son intermède sud africain, signait au Stade Français...De là à envisager l'ébauche d'une sorte de politique de civilisation entre les deux éternels rivaux...En rugbymanie aussi l'heure serait donc à la ru-rupture? A chaque chose malheur étant bon, Edgar Morin aurait en cette matière encore le dernier mot. Edgar Morin Rugbymane qui s'ignore d'après lequel , c'est bien connu," le sens est partout. "


jeudi 17 janvier 2008

roman feuilleton


Aimé Cassayet. (5em partie)

« Surtout, petit, ne te frotte pas à lui, il a des os pointus sur tout le corps. »

Sa mère était une ancienne comtesse d’Ukraine, qu’un maquereau originaire de Colmart et vivant rue Caulaincourt, avait ramassé dans une guinguette des bords de Marnes. Après quelques années à arpenter le ruban, elle s’était arrangée pour plaire à un des videurs de l’Abbaye de Thélème, une boite paillarde de la place Pigalle. Ce dernier surina le souteneur dans les toilettes du Rat Mort, là où Rimbaud avait frappé Verlaine de plusieurs coups de couteau. Le dur en question n’hésita pas à la remettre sur le trottoir, pour une sombre histoire de dette de jeu contractée auprès d’un des porte-flingues d’un caïd corse du coin. Elle vivait dans les hôtels au mois de la villa de Guelma et de la rue Coustou, où elle montait ses clients racolés dans les dancings et les rades minables qui y pullulaient alors. C’est dans l’un d’eux, cité du midi, qu’Oxent vint au monde. Deux jours après, le bambin trouva le moyen de tomber de son berceau alors que la mère flattait le penchant sodomite d’un archevêque tout mitré, qui en avait marre des bouclards hi-tech de Saint-Sulpice. Il se murmurait partout que l’ecclésiastique s’était vite pris d’affection pour le destin si iconoclaste de sa petite marquise des anges perso.

Toujours est-il que l’homme intercéda auprès de la préfecture, contre l’exclusivité des faveurs de la comtesse va nu-piede, et qu’elle obtint bientôt le droit tacite d’exercer en solo, en qualité d’intermittente de la bagatelle, dans un joli meublé de la rue Constance. Et qu’à part ça, Oxent rencontra bien toutes les figures illustres du quartier. Et même bien plus encore. Si certains pourraient s’étonner qu’un type aussi familier des mondes interlopes qui se télescopaient à Montmartre, ait semblé éprouvé un peu de honte sinon un relent de pudeur à l’égard de sa mère, qu’on ne se méprenne point. Oxent était un russe blanc tout ce qu’il y avait de plus rouge. Disons le genre d’anarchiste de droite qui aurait bouffé du curé à toute heure du jour et de la nuit.

« Il te plairait. Surtout qu’il a joué au rugby lui aussi. Un nom à la con son équipe »

« Les marlous de paname. Je vois le genre de rugbyman que ça devait être. Un type épatant en tout cas. »

« Le Puc. Ça existe ça ? »

« Hein mais en quelle année ? » c’était comme si un incendie de forêt embrasait son regard de môme à la fête foraine.

« Je sais pas moi. Dans les années 20 ou 30 »

« Putain ! Alors il a joué avec Mac Orlan, Alain Fournier et Henri Jeanson. Il crèche où ton phénomène ?»

« Tout près de Cassis. Sur la colline Sainte Bénéoulde. Il y avait crée le premier camp naturiste d’Europe. Juste après la guerre. Le truc a fermé mais il est resté vivre là-haut tout seul. C’est une ancienne bergerie. Il l’appelle l’Alhambra. Il s’y ballade habillé d’une gandoura toute blanche. Je crois qu’il se prend un peu pour Laurence d’Arabie. Il a ses chats et ses bouquins. Tu verrais ça. Même toi t’en as pas autant. ( à suivre demain...promis.)


lundi 14 janvier 2008

Pilier de sagesse.

Tout rubymane sait tout ça par coeur, qu'il ait pratiqué dans la boue incommode de la jeunesse où l'on se vautrait avec tant de complaisance ( ah ce foutu temps qui passe, nos tempes grises, nos mèches en voie de disparition), ou qu'il fût fidèle au poste depuis, oulà mettons des décennies, oui tout rugbymane sait qu'un pilier, mon vieux ça pousse pour le bien d'autrui, la souffrance muette, shut up la morue. Un pilier en activité souvent c'est taiseux. Bien sur il y a quelques exceptions notables venues à intervalles réguliers confirmer la règle. Un Serge Simon et sa veine littéraire et truculente, tiens par exemple. L'inénarrable Amédée Domenech aux temps canoniques. Quand le rugby se buvait encore en canon ( ah ce foutu temps qui passe...). Mais aujourd'hui donc, Serge Simon. Ces temps-ci de plus en plus littéraire. Encore qu'il y ait toujours eu d'avantage de Vialatte chez le Simon que d'effusions sanguino-lyriques à la Herrero. Moscato pour les effusions sanguino machin chose à la Herrero semble d'ailleurs s'être imposé. Il en faut pour tout le joli monde ovaladdicted. Chacun sa came.

Mais reprenons, un taiseux dur au mal mais toujours bon envers la femelle, corrèqueu itou si ou plait, neuf fois sur dix ça peut vous faire un pilier comack. Et comme pour jouer en tronche, il faut en avoir beaucoup plus qu'on n'imagine ( et même encore plus!) entre les deux oreilles, au moment de raccrocher ses vieux crampons, ce genre de taiseux n'aura jamais besoin de media training impromptu et tout le tremblement des prompteurs, pour s'en aller faire illico un consultant aux petits oignons. A preuve les interventions du Laurent Bénézech ( précisons à l'usage des jeunes fans et autres récemment convertis aux " valeurs " du rrubi, que le Sieur Bénézech, avant de faire partie des huiles des consultants, fut un pilier International ayant participé à la coupe du monde de 95 ( la seule que les bleus étaient bien partis pour remporter) évolué au Stade Toulousain, puis au Racing club de France au sein duquel il souleva un bouclier ( hé ouais quand même) , avant de jouer pour les Harlequins et de revenir achever la carrière remplie comme on a vu à Narbonne), à preuve donc les interventions toujours justes, mesurées, et à tout le moins empreintes de sagesse, du Laurent Bénézech sur L'équipe TV. Interventions que tout le monde peut consulter sur le site du journal éponyme. Alors vas-y vite et pis tu m'en diras des nouvelles.

dimanche 13 janvier 2008

jeu de maul européen ( 4em partie)

Il devait être écrit quelque part que chaque rencontre des Clermontois dans leur nouvel écrin Edouard Michelin, leur ferait crever l'écran comme une joyeuse bande de jeunes Werther amoureux du beau jeu et presque autant des rudes vertus du jeu d'avant de toujours, tel que de toute éternité il s'est pratiqué sur l'île au long nuage, rude mais correct, plein comme dans ce club de Bay of Plenty où le miraculeux Vern Cotter fit ses classes en tant que Numéo Huit rien qu'en rugosité rigoriste. Il devait aussi être écrit qu'avec les Wasps et les Munstermen, la poule de Clermont ne relèverait surtout pas de la basse cour européenne. Et dire que la semaine prochaine, contre Llanelli, les jaunards devront remettre ça...

jeu de maul européen ( 3em partie)

Hier, hélas, trois fois hélas, la rencontre Saracens- Biarritz lâchait sa morale, impitoyable, au terme d'une seconde mi-temps aussi pleine d'allant côté Sarries que de doutes côté basque. Hier, hélas, trois fois hélas, se jettaient des quatre coins du terrain les Sarries sur le gâteux.

jeu de maul européen ( 2em partie)

Et si dans l'antre Michelin l 'ancienne ASM et feu son monstre à seize pattes, toujours aussi pneu encline à se faire un fromage du Munster, emportait les bourrins de la red army dans une bourrée à mille temps?

samedi 12 janvier 2008

jeux de maul européen ( 1er partie)

Hier soir, sur une pelouse dévastée, le Stade Français s'est invité contre Bristol à tenter son va tout la semaine prochaine. Tantôt face aux épatants attaquants du Leinster ( que n'a-t-on pas écrit sur le duo D'arcy O'Driscol mais que ce Contepomi s'impose bel et bien comme le meilleur ouvreur d'Europe. Ouvreur à côté duquel le magicien Hernandez ferait presque pâle figure à la baguette, du seul point de vue de la constance et du sens du collectif),tantôt donc le Stade Toulousain à trop laisser filer ses première mi-temps ( une sale habitude décidemment depuis quelques matchs) nous a cette fois joué le Lièvre à la torture.

vendredi 11 janvier 2008

lignes de fuite


Histoires de finales ( Henri Rozés, éditions midi olympique)

On voulait faire un petit cadeau à certain oncle grand amateur d'ovale, de cuir et de tout ce qui fait la grandeur et les petitesses inoubliables du " jeu de boue" qu'on sait, et on n'a pas hésité très longtemps avant de glisser "Histoire de finales" dans son paquet cadeau adéquat. Henri Rozés est un grand journaliste de la dépêche ( du midi pardi), journal au service duquel il oeuvre depuis quelques décennies. Quant aux crédits photos mes amis! Un must, croyez nous sur parole. Le tout est à l'avenant de la politique éditoriale des éditions midi olympique ( Frédéric Doncieux y fait un travail épatant, voilà c'est dit) qui connaissent depuis près d'un an et demi, ce qu'il est convenu d'appeler une véritable renaissance. A signaler en passant aux amateurs de rugbylittérature, entre autres bijoux maison, " La mêlée des géants" par l'immense Denis Lalanne. On y revient bientôt. Promis. En principe.

jeudi 10 janvier 2008

Roman feuilleton


Aimé Cassayet.( 5em partie)

« Surtout, petit, ne te frotte pas à lui, il a des os pointus sur tout le corps. »



Compagnon de la libération et chef de réseau dans le Vercors, ayant servi sous les ordres de cet ancien danseur antillais, croisé au Tahiti, un bal pour durs et tatoués de la pègre, également fréquentées par les belles dames du beau 17ème. Danseur habitant dans le même immeuble de la Rue des trois frères où tous deux partageaient le tout-venant de la coloc, et qui s’était fait estropié en 41 par la milice pour une histoire de rombière levée au Mikado, leur terrain de chasse favori, au sortir du Hall-Gymnasse de la rue Véron où il s’entraînait avec ce grand catcheur de l’Elysée Montmartre, grand ami de Mistinguett et de Chevalier, dont il fut l’amant occasionnel. Danseur que l’immense déception de n’être point décoré par la général lui-même, devait conduire à diriger le gang de gi ‘s blacks qui sévissait sur la butte. Ce gang à l’américaine qui se cachait dans un garage délabré attenant à l’ancienne maison de Tristan Tzara, dans un recoin de la Villa Léandre, un bout de San Francisco, moins tarabiscoté mais plus frisquet, qui faisait au coeur de Montmartre une rupture de ton des plus détonantes, en face précisément de cette clinique Junot où avait été tourné « l’assassin habite au 21 », gang dont Oxent, on prononce Ochent, était une sorte de régisseur.

Rien ne plaisait d’avantage à ce dernier que de se siroter un vieux Fernet-Branca en évoquant sa vie de faux dandy des fortifs. De trimballer son énorme carcasse toute dégingandée en parlant de Jésus la caille, inspiré d’après lui par un jeune gavroche du Rochechouart. Un petit mac de Cracovie un peu enquiquineur et très pote avec l’acteur Inkijinoff, un inquiet de chez Duvivier. De raconter ces soirées avec Cendras son idole, Chez Dante, un haut lieu de la voyoucratie corse dont les murs criblés de balles ressemblaient à des boiseries pleines de termites en phase terminale.

Mentait-il beaucoup lorsqu’il disait avoir pris, à une époque presque tous les matins, ses grands crèmes avec Breton au café Les oiseaux. En face du square d’Anvers où tapinait à la nuit cette belle lépreuse qui, le visage caché sous une voilette, vous taillait des flûtes à tue -tête avec une lenteur insoutenable. Exagérait-il vraiment en détaillant la ruse de sioux grâce à quoi les apaches du Canard Boiteux dissimulaient, à chaque descente de police, les doses d’héroïne dans le gosier d’un canard domestique qui était toujours à déambuler dans la boite comme un chasseur de chez maxim’s. L’infortuné Daffy Duck boitant à chaque fois davantage, bien plus près d’une OD que de la grippe aviaire. Poussait-il un peu le bouchon quand il expliquait comment avec son ami black, ex coloc et donc nouveau promu en grade du maquis, ils s’échappaient quelquefois du camp pour aller jouer du piano-vache dans un lupanar de Grenoble infesté de SS. Extrapolait–t-il encore en rapportant l’histoire de ce marin qui vous narrait hilare, assis en terrasse des Omnibus, les jambes barrant le trottoir et les pieds trempant dans l’eau du caniveau, comment la future Piaf, alors toute jeune Giovanna Gassion, l’aurait entraîné dans un hôtel de passe de la rue André Antoine. A peine.

( à suivre demain ou tout à l'heure, qui sait...)


vendredi 4 janvier 2008

Best off de vestiaires

Alors, comme ça dites voir, en cette année à peine commencée, quels refrains forts retenir de la précédente? La world cup et son indigestion de non jeu? Ou comment toutes les équipes demi-finalistes sans exception, n' ont peut-être jamais autant tenu à signifier au monde que, oui da en dépit des valeureuses espérances pestaculaires et médiamétriques, depuis l'époque cannonique ce jeu s'est toujours plus ou moins appelé Football-rugby.

Le tître de cham-pi-on de France enfin conquis par Coach Galthié, aussitôt transformé dans la foulée par celui des spots publicitaires. Qui a pu échapper au fameux " je fais monter la pression"? Une poignée d'Ermites ostracisés en solo sur leurs sommets de montagne persos? Florian Fritz?

A moins qu'il ne s'agisse du retour de Clermont sur le devant de la scène, par la grâce et le talent du seul Cotter. Après une finale loupée de peu, le présent début de saison prouve bien que l'auvergnat a bel et bien changé. Moins fataliste et moins pingre dans le jeu. C'est si vrai qu' à l'ombre de la chaine des Puys, on a enfin repris confiance en soi, son jeu et sa fibre bougnate. Au point d'afficher partout sa fierté à propos de l'art Vern.

Et pourquoi pas aussi, dans une moindre mesure tant le phénomène est connu, de la permanence du jeu toulousain, encore et toujours tourné vers le goût du risque. Ah quand le beau est aussi efficace...

Mais non, allez, on vous a assez fait languir. La grande leçon de l'année écoulée, c'est encore du côté de la rupture qu'il nous faut la chercher. Soit comment un entraîneur tellement avisé de la chose ovale, qu'il finit, entre autres, par se priver de Lionnel Nallet, en enfermant les chabaux de Chabal en seconde ligne, un être suffisement visionnaire en politique pour s'entêter dans sa fumeuse théorie des blocs, après huit années d'un pâle exercise d'entraîneur nationnal globalement peu entraînant, en toute logique se retrouve en conseil des sinistres.





jeudi 3 janvier 2008

Roman feuilleton


Aimé Cassayet.(4em partie)

« Surtout, petit, ne te frotte pas à lui, il a des os pointus sur tout le corps. »


« La porte était une énorme gueule rouge et noire qui grimaçait pire qu’un de ces freaks grossiers de fête foraine. Un diable officiait en qualité de maître d’hôtel. A côté, il y avait le Ciel et son ange de plâtre blanc en guise de façade. Un grosse clé en plâtre à la main, un Saint-Pierre de foire vous faisait les honneurs de ce cabaret au décor plus paradisiaque. En face il y avait le Néant et ses serveurs déguisés en croque-mort. On buvait de la bière dans des crânes, assis sur des tables en forme de cercueil. »

« Orwina c’était mon nom de scène. Quand je bossais chez Madame Arthur, rue des Martyrs. Mon vrai nom c’est Marat. Oxent Miessaroff. Voilà comment il s’appelait »

« Le nom de qui ?» Ca faisait longtemps qu’Alex n’écoutait plus, pris par le cours de sa songerie.

« Le nom de mon grand-père qui était maître d’hôtel aux Soupers-Caucasiens. Tu m’écoutes pas »

« Tu faisais quoi chez Madame Arthur. Du strip ? »

« Je servais au début. Et puis je me suis mise à faire tout ce que le service comprenait. »

« Tu savais que c’est rue des Martyrs qu’est né l’ancêtre de l’effeuillage. Le strip-tease quoi. Sauf que la dame gardait son corset. Le coucher d’Yvette »

« Tu vois bien que tu m’écoutes pas. C’est dommage, j’avais envie de te le présenter »

«Qui ça ? »

« Mon grand-père. Oxent. »

« S’il a travaillé aux Souper-Caucasiens, il a au moins cent ans. »

« Pas tout à fait. 97 un truc comme ça. Il les fait pas. Pourtant il a tout fait. »

Oxent Miessarhoff, tout le monde disait Oxinte, était né au début du siècle dernier, sous l’auvent venteux d’une roulotte de la Zone, un truc assez logique pour un type avec un nom à coucher dehors. Voilà pour la version officielle qu’il avait officieusement bricolé, comme d’ailleurs toute sa vie surréaliste qui ressemblait déjà à un collage Dada. Rien ne l’amusait plus que de jouer les Mac Orlan de service. La pipe Dunhill et le raincoat fumant au-dessus d’un feu d’autrefois. Vivant à la Guitry en robe de chambre damassée et guêtres bicolores. Tour à tour brocanteur pantouflant dans sa bicoque de Bondoufle, Magnifique à la De Broca pissant son tas d’OSS, les feuilles pressées fizza de trouver leur place dans tout ce souk de chiffonnier d’Emmaüs. Pianiste virtuose dans toutes les boites russes de Montmartre. A quinze ans ainsi donc aux Soupers-Caucasiens et puis au Shéhérazade, rue de Liège. Garçon de course de Pépito, l’amant gigolo de Joséphine Baker. Copain du poète noir américain Landson Hughes, avec lequel il fit un temps la plonge. Confident, mais juste comme ça, de Django et des musiciens de Don Baretto, avec lesquels il lui arrivait parfois de pratiquer une forme plus démoniaque de salsa. Grand ami du clown Boum Boum et de toute une tripotée de faux gitons marseillais et de vrais apaches de Belleville, habitués comme lui du Petit bal Tholozé. ( à suivre sous peu la vie ce russe-ci)